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Mon histoire : avant la dépendance, il y avait une petite fille

  • il y a 6 minutes
  • 3 min de lecture

Quand on parle de dépendance, on regarde souvent la consommation.

On voit l’alcool. On voit la drogue. On voit les mauvais choix, les comportements et les conséquences.

Mais on oublie parfois de se demander : qu’est-ce qui s’est passé avant?

Dans mon histoire, avant la dépendance, il y avait une petite fille.

Et aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’elle.


Une histoire qui commence avant même ma naissance

Ma mère biologique vivait elle-même avec des problèmes de consommation. Pendant sa grossesse, elle a consommé de l’alcool et de l’héroïne.

Je suis donc arrivée dans ce monde avec des défis que je n’avais évidemment pas choisis. J’ai notamment vécu des problèmes de mobilité dès mon plus jeune âge.

Mon histoire avec les substances avait commencé avant même que je sois assez grande pour comprendre ce qu’était une drogue.

Mais cette partie de mon histoire ne définit pas qui je suis aujourd’hui.


Être placée, puis adoptée

J’ai été placée en famille d’accueil avant d’être adoptée à l’âge de deux ans.

J’ai eu la chance d’avoir une nouvelle famille et une nouvelle vie. Malgré cela, certaines blessures et certains questionnements peuvent nous accompagner en grandissant.

Pendant longtemps, je ne comprenais pas nécessairement tout ce que je ressentais.

Je ne savais surtout pas encore à quel point mon histoire allait influencer la personne que j’allais devenir.


À 16 ans, ma propre consommation commence

À l’adolescence, les choses se sont compliquées.

J’avais 16 ans lorsque j’ai commencé à consommer.

À cet âge-là, je ne pouvais pas imaginer que ce qui commençait comme de la consommation allait prendre autant de place dans ma vie.

Je ne me suis pas réveillée un matin en décidant : « Je veux devenir dépendante. »

Personne ne fait ce choix.

La dépendance s’est installée dans ma vie et, pendant les dix années suivantes, j’ai vécu une réalité qui allait me coûter énormément.

De 16 à 26 ans, j’ai consommé.

Dix années.


À 26 ans, j’ai dû réapprendre à vivre

Lorsque je suis arrivée en thérapie à 26 ans, j’ai réalisé quelque chose qui me marque encore aujourd’hui.

J’avais commencé à consommer à 16 ans et, d’une certaine façon, j’avais l’impression d’être restée prise à cet âge.

Pendant que les autres apprenaient à devenir adultes, à se connaître, à gérer leurs émotions et à construire leur vie, une grande partie de mon énergie était consacrée à ma dépendance.

À 26 ans, j’avais donc l’impression de recommencer ma vie là où je l’avais laissée à 16 ans.

J’ai dû apprendre à vivre sans substances.

À ressentir mes émotions.

À affronter mes difficultés.

À découvrir qui était réellement Gaby.


Mon passé est devenu ma mission

Je ne peux pas changer mon enfance.

Je ne peux pas récupérer les dix années que la dépendance a prises dans ma vie.

Mais je peux décider de ce que j’en fais aujourd’hui.

C’est une des raisons pour lesquelles je parle maintenant de prévention auprès des jeunes.

Quand je me retrouve devant eux, je ne veux pas simplement leur dire : « La drogue, c’est dangereux. »

Je veux qu’ils comprennent comment une dépendance peut commencer. Je veux parler des blessures, de l’impulsivité, de la pression sociale, des émotions et des facteurs qui peuvent rendre certaines personnes plus vulnérables.

Et surtout, je veux leur transmettre ce que j’aurais aimé comprendre à 16 ans.


Si mon histoire peut aider un jeune…

Pendant longtemps, certaines parties de mon histoire étaient difficiles à raconter.

Aujourd’hui, je choisis de les utiliser pour faire de la prévention.

Je suis passée de cette petite fille qui commençait sa vie dans des circonstances difficiles, à cette adolescente qui s’est perdue dans la consommation, puis à cette femme qui a dû reconstruire sa vie.

Aujourd’hui, je suis sobre depuis 2016.

Et si raconter mon parcours peut permettre à un jeune de réfléchir avant de consommer, à un parent de mieux comprendre son enfant ou à une personne vivant une dépendance de croire qu’une autre vie est possible, alors mon histoire aura servi à quelque chose.


Je ne peux pas changer les premières pages de mon histoire. Mais j’ai maintenant le pouvoir d’écrire les prochaines.


— Gaby Gatineau

Conférencière en prévention des dépendances

 
 
 

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